Saison culturelle de Champittet 26/27
Un humour de Proust avec Denis Podalydès
La Saison culturelle du Collège de Champittet présente Un humour de Proust, une immersion dans À la recherche du temps perdu par la lecture d’extraits et par la musique, avec des pièces de Debussy, Fauré, Chopin, Satie et Scarlatti.
On croit souvent connaître Marcel Proust : l’auteur de la phrase interminable, du roman-fleuve, du monde aristocratique disséqué avec une précision presque maniaque. On croit aussi que À la recherche du temps perdu est un monument austère, réservé aux lecteurs patients, aux universitaires, aux amoureux de la syntaxe labyrinthique. Pourtant, ceux qui ont lu Proust attentivement savent qu’il est aussi un écrivain drôle. Drôle d’un humour discret, acéré, parfois cruel, souvent tendre, toujours d’une intelligence rare.
L’idée centrale du spectacle est simple : Proust est drôle, et il est temps de le rappeler. Comme le souligne André Maurois, cité dans plusieurs présentations du spectacle, le rire proustien est celui « d’un collégien qui pouffe derrière sa main, devenu le rire d’un très vieil enfant auquel la vie a enseigné, avec la douleur, la tendresse humaine et la pitié ». Cette phrase résume parfaitement la tonalité du spectacle : un humour qui n’est jamais gratuit, mais qui révèle la profondeur humaine des personnages.
Les extraits choisis couvrent un large éventail de situations comiques : les ridicules de Madame Verdurin, reine du snobisme et de la phrase assassine ; les lapsus du directeur du Grand Hôtel de Balbec, dont la maladresse devient un ressort comique irrésistible ; les portraits de médecins, parfois dignes de Molière, où la satire sociale se mêle à la caricature ; les scènes de salon, où les aristocrates se débattent dans leurs contradictions, leurs préjugés et leurs vanités. Ces passages, souvent éclipsés par la réputation « sérieuse » de Proust, retrouvent ici toute leur vigueur.
Denis Podalydès
Denis Podalydès est un comédien de la Comédie-Française et un lecteur exceptionnel. Depuis des années, il prête sa voix à de grandes œuvres littéraires, dont À la recherche du temps perdu. Sa maîtrise du texte proustien est telle qu’il parvient à en faire entendre la musique interne, cette respiration si particulière qui oscille entre la phrase longue et la pointe d’esprit. Dans Un humour de Proust, Podalydès ne joue pas Proust : il incarne la voix proustienne, ce mélange de lucidité, de tendresse et de malice. Il module, nuance, accélère, ralentit, comme un musicien interprétant une partition complexe. Sa diction, précise sans être rigide, permet de saisir chaque nuance du texte. Ce qui frappe surtout, c’est sa capacité à faire rire sans jamais trahir le style. Il ne force pas l’humour, ne cherche pas l’effet comique : il laisse simplement le texte révéler sa drôlerie naturelle. Le public rit parce que Proust est drôle, et non parce que l’acteur cherche à l’être.
Jean‑Philippe Collard
Jean‑Philippe Collard, immense pianiste, interprète des pièces choisies pour leur lien avec l’univers proustien. Debussy, Fauré, Satie, Chopin, Scarlatti : autant de compositeurs que Proust admirait, et dont les œuvres résonnent avec les atmosphères de La Recherche. Collard accompagne et dialogue avec Podalydès. Parfois, la musique semble répondre au texte ; parfois, elle l’anticipe ; parfois encore, elle en souligne la dimension ironique. Ce tissage subtil donne au spectacle une profondeur supplémentaire.
- Avec
- Denis Podalydès (narrateur)
- Jean-Philippe Collard (piano)
- Conception
- Jean-Michel Verneiges