Festival Sine Nomine – Musique au fil des mots
Chostakovitch – Symphonie Nᵒ 14
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Le Festival Sine Nomine célèbre 50 ans de musique de chambre et de partage à l’occasion de sa 13e édition.
De par sa conception, son instrumentation, sa place à la frontière des genres ou encore son intimité, la Symphonie n° 14 est assurément la plus originale, et sans doute aussi la plus envoûtante, de la plume de Dmitri Chostakovitch. L’œuvre se voit en bonne partie écrite au début de l’année 1969, lors d’un des nombreux séjours à l’hôpital du compositeur, de plus en plus atteint dans sa santé. Celui-ci réunit onze textes de quatre auteurs différents (Federico García Lorca, Guillaume Apollinaire, Wilhelm Küchelbecker et Rainer Maria Rilke) pour les onze mouvements chantés en alternance par une soprano et une basse, un moment de dialogue ne se trouvant que dans le dernier morceau. Cette fusion entre cycle de lieder et symphonie rappelle Das Lied von der Erde de Gustav Mahler, sauf que Chostakovitch renonce ici à l’orchestre symphonique au profit d’un ensemble de chambre élargi, formé de dix-neuf cordes et d’un groupe de percussions.
Tous chantés en russe et en plusieurs endroits subtilement modifiés par le compositeur, les poèmes sont autant de réflexions ou de mises-en-scène de la mort : celles-ci peuvent se faire élégiaques (De profundis), dansantes (Malagueña) ou bien sinistres (Les attentives I), elles célèbrent une figure romantique (Loreley) ou le poète (Der Tod des Dichters), mais jamais elles n’offrent une vision rassurante, apaisante ou lumineuse d’un au-delà auquel leur auteur ne croyait pas. C’est bel et bien dans l’angoisse de la fin que la symphonie voit le jour. Une fin à laquelle rien ne survit, si ce n’est l’art, auquel le Russe dresse ici un monument d’une rare intensité.
La Symphonie n° 14 est dédiée à Benjamin Britten, que Chostakovitch considérait comme le plus grand musicien de son temps, et qui dirigera la première exécution hors d’URSS de l’ouvrage, en juin 1970 à Aldeburgh. C’est en 1950 que le Britannique écrit son Lachrymae pour alto et piano, mais régulièrement accompagné à la harpe. Cette série de variations se construit sur un thème de John Dowland, If My Complaints Could Passions Move. Evoqué à la basse dans les premières mesures, l’air ne se voit énoncé en entier qu’en conclusion, émergeant ainsi progressivement au cours de la pièce dont il est l’aboutissement plus que le point de départ.
- Benjamin Britten
- Lachrymae
- Dmitri Chostakovitch
- Symphonie N°14 (textes de Garcia Lorca, Apollinaire, Küchelbecker et Rilke)
- Avec
- le Quatuor Sine Nomine, le Quatuor Arola et le Quatuor Trapèze
- Avec
- Tjasha Gafner (harpe), Diana Axentii (soprano), Yuri Kissin (basse), Tchiki Duo (percussions), Virginie Falquet (celesta), Vanessa de Luze (violon), Apolline Grüffel (violon), Mathilde Reymond (violon), Colin Soldati (violon), Nicolas Pache (alto), Matthias Bensmana (contrebasse), Olivier Camponovo (contrebasse)
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