Chant et luth

Lea Desandre et Thomas Dunford – Eternal Heaven

20 juin 2026 19:30 Chapelle du Collège Champittet, Pully Tout public Durée : 1h40 (20 minutes d'entracte)

Dans le cadre de la saison culturelle 25/26 de Champittet, Lea Desandre et Thomas Dunford parcourent l’œuvre en langue anglaise de Haendel au chant et au luth, le temps d’un concert, accompagnés par l’orchestre de l’Ensemble Jupiter.

C’est pendant le confinement que Lea Desandre et Thomas Dunford ont eu l’idée folle de parcourir l’intégralité de l’œuvre en langue anglaise de Haendel. Deux musiciens, seuls face à des partitions, dans le silence forcé des salles de concert fermées. De cette période suspendue est né un projet d’une ambition singulière : non pas une compilation d’airs célèbres, mais une véritable dramaturgie musicale tissée à partir des oratorios anglais du maître germano-britannique.

Le programme de ce concert regroupe 21 arias extraits de 12 œuvres en langue anglaise, assemblés en une séquence cohérente que Dunford qualifie lui-même, avec une pointe d’humour, de « Baroque West Side Story ». La comparaison n’est pas anodine : elle dit la tension narrative, le souffle romanesque, et l’intensité dramatique qui traversent l’ensemble du spectacle.

Un récit d’amour universel

L’histoire racontée est celle de deux amants, qui tombent amoureux, qui se disputent, mais dont l’amour pronfond est l’essentiel. Ce fil narratif est entièrement porté par la musique de Haendel, sans texte parlé, sans décor élaboré : la dramaturgie passe par les voix et les instruments seuls. C’est là le pari audacieux du spectacle — faire croire à une histoire d’amour en mobilisant uniquement des arias sacrés et des duos d’oratorios anglais du XVIIIe siècle.

Pour séduire des Londoniens puritains et peu enclins à l’opéra, l’imaginatif Haendel avait lui-même l’habitude de s’emparer d’épisodes bibliques célèbres et de matériaux mythologiques pour les porter à la scène. En s’appropriant cette tradition, Dunford et Desandre s’inscrivent dans le geste même du compositeur : raconter des histoires humaines universelles à travers une musique d’apparence spirituelle. Les œuvres convoquées — Theodora, Semele, Solomon, Saul, Susanna, Hercules, entre autres — forment un vaste panorama de la production haendélienne tardive, dont certaines pages demeuraient méconnues du grand public.

Eternal Heaven est une démonstration que la musique baroque n’a pas besoin de la mise en scène pour faire théâtre, que deux voix bien accordées, un luth, et la prose ardente de Haendel suffisent à raconter tout ce que l’amour a d’inépuisable. L’affinité entre la mezzo-soprano, le luthiste et les musiciens de l’Ensemble Jupiter est évidente, et cette génération d’artistes incarne un renouveau du baroque aussi rigoureux qu’audacieux. Dans leur mains, ce répertoire spirituel devient profondément, irréductiblement humain.

Lea Desandre

Lea Desandre est aujourd’hui l’une des voix les plus fascinantes de sa génération. Mezzo-soprano franco-italienne, elle a été formée par Sara Mingardo à Venise, puis a rejoint l’Académie du Jardin des Voix de William Christie en 2015 et l’Académie Mozart du Festival d’Aix-en-Provence en 2016. Sa trajectoire est jalonnée de distinctions : nommée Révélation des Victoires de la Musique Classique en 2017, elle a remporté le Prix HSBC en 2018 et a été nommée dans la catégorie Artiste Lyrique en 2021 et 2023. En 2022, elle a reçu le titre d’Artiste Lyrique de l’Année aux Opus Klassik, récompense allemande qui fait figure de référence dans le monde de la musique classique. Sa voix — charnelle, précise, d’une expressivité sans fard — est idéalement taillée pour Haendel. Si expressive dans la déploration comme dans la joie, aucun affect ne lui échappe.

Thomas Dunford

Thomas Dunford, luthiste et directeur musical, est le cerveau et l’âme du projet. Né à Paris en 1988, il a découvert le luth à l’âge de neuf ans. En 2018, il fonde l’Ensemble Jupiter, composé de jeunes et brillants musiciens de sa génération. La double casquette qu’il endosse ici — chef d’orchestre et soliste au luth — dit tout de son rapport à la musique : un art de la relation, du dialogue constant entre les pupitres et les voix. C’est lui qui fait tourner les arpèges rêveurs du théorbe et donne à la viole de gambe ses résonances presque mystiques.

L’Ensemble Jupiter

L’Ensemble Jupiter est unanimement salué pour la fraîcheur de ses interprétations. C’est d’ailleurs la tournée préalable à l’enregistrement qui a permis de trouver le bon ordre des pièces et de forger une véritable symbiose entre les instrumentistes et la soliste. Lea Desandre elle-même décrit cette expérience comme une fusion totale : se sentir non pas chanteuse face à un orchestre, mais instrument parmi les instruments, membre à part entière d’un ensemble. L’Ensemble Jupiter s’est depuis produit dans les plus grandes salles d’Europe et des États-Unis : Philharmonie de Paris, Philharmonie de Berlin, Carnegie Hall de New York, Wigmore Hall de Londres, Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Le spectacle Eternal Heaven a donc été porté par une formation au sommet de sa maturité artistique.

www.leadesandre.com
www.thomas-dunford.com
www.jupiter-ensemble.com